Médecins et chirurgiens-dentistes : la financiarisation transforme l’exercice libéral. Les SEL et SPFPL peuvent renforcer l’autonomie des praticiens — à condition de ne pas sacrifier leur indépendance.
Hier, un cabinet médical évoquait surtout un praticien, une patientèle et un outil de travail. Aujourd’hui, il peut aussi être question de holding, de capital, de financement et de transmission. Le droit des affaires est entré dans les cabinets de santé. Faut-il s’en inquiéter ? Pas nécessairement. La financiarisation ne signifie pas toujours l’arrivée d’un fonds d’investissement. Elle peut désigner la capacité des professionnels à organiser eux-mêmes leur activité, à investir et à préparer leur avenir.
Deux logiques, un même outil La SEL et la SPFPL peuvent servir à développer et transmettre l’activité du praticien. Mais elles peuvent aussi s’inscrire dans des organisations où les intérêts financiers prennent une place dominante. La question décisive est celle du pouvoir réel.
Une indépendance qui ne se lit pas seulement dans les statuts
Le pourcentage détenu dans le capital ne dit pas tout. Une gouvernance, un pacte d’associés, des conventions de financement ou des engagements envers un tiers peuvent modifier profondément l’équilibre des pouvoirs. Qui décide de la stratégie ? Et, surtout, qui demeure libre de ses décisions de soins ? La question est particulièrement sensible pour les chirurgiens-dentistes, dont les cabinets requièrent souvent des investissements importants et peuvent s’organiser en structures pluriprofessionnelles ou en groupes.
Pourquoi octobre 2026 marque une étape
Le plan gouvernemental du 13 octobre 2026 veut accompagner le financement des structures de soins tout en préservant l’indépendance des professionnels et la transparence. Il s’agit d’orientations annoncées, et non d’une refonte déjà applicable en bloc. Trois jours plus tard, le Conseil d’État a rappelé que l’Ordre des chirurgiens-dentistes peut contrôler la conformité de l’organisation sociétaire aux règles professionnelles, mais seulement dans les conditions prévues par les textes. Une seconde décision du même jour confirme notamment qu’une participation très minoritaire au capital n’établit pas, à elle seule, le défaut d’indépendance d’un praticien.
« La bonne question n’est plus de savoir si la finance entre dans les cabinets. Elle y est déjà. La vraie question est de savoir qui doit en conserver les clés. »
Pour le praticien, la meilleure réponse n’est donc ni le rejet de la société, ni la recherche d’un montage standard. C’est une organisation pensée globalement, conciliant gouvernance, déontologie, financement, fiscalité et transmission.
DÉCRYPTAGE · TEXTES ET JURISPRUDENCE
Et pour votre cabinet ?
Création d’une SEL, constitution d’une SPFPL, évolution de l’actionnariat ou transmission : l’enjeu consiste à trouver l’organisation adaptée à votre exercice, à vos projets et à vos obligations professionnelles. Une analyse individualisée permet de mettre en cohérence droit des sociétés, fiscalité et règles ordinales. Article d’information générale, à jour au 20 octobre 2026. Il ne constitue pas une consultation juridique et ne préjuge pas des règles applicables à une situation particulière.
Eric GARDIN Avocat au Barreau de Lille
